« Et si tu n’existais pas… »
Et si tu n'existais pas,
Dis-moi pourquoi j'existerais ?
Pour traîner dans un monde sans toi,
Sans espoir et sans regrets.
Et si tu n'existais pas,
J'essaierais d'inventer l'amour,
Comme un peintre qui voit sous ses doigts
Naître les couleurs du jour.
Et qui n'en revient pas.
Et si tu n'existais pas,
Dis-moi pour qui j'existerais ?
Des passantes endormies dans mes bras
Que je n'aimerais jamais.
Et si tu n'existais pas,
Je ne serais qu'un point de plus
Dans ce monde qui vient et qui va,
Je me sentirais perdu,
J'aurais besoin de toi.
Et si tu n'existais pas,
Dis-moi comment j'existerais ?
Je pourrais faire semblant d'être moi,
Mais je ne serais pas vrai.
Et si tu n'existais pas,
Je crois que je l'aurais trouvé,
Le secret de la vie, le pourquoi,
Simplement pour te créer
Et pour te regarder.
[Et si tu n’existais pas] – Joe Dassin, 1975
Quel magnifique poème que cette chanson qui nous accompagna mes parents, ma sœur et moi, sur la route des vacances [au milieu des années 90], lorsque nous traversâmes la France du Nord au Sud, direction Sanary-sur-Mer, la Côte d’Azur et le soleil. La déclaration d’amour par excellence. La déclaration que la femme rêve un jour d’entendre; et c’est par amour pour cette femme, que tôt ou tard l’homme ose se déclarer. Joe Dassin avait tout compris de l’amour, et son texte traduisait brillamment cette sensation de dépendance que celui-ci génère une fois le virus dans les veines. C’est bel est bien une « maladie » comme aime à le chanter Sardou qui ajoutait « qui fait parfois souffrir tout le long d’une vie. ». Une maladie d’amour qui comme la plupart fait souvent plus de mal que de bien. Mais ce « bien » si agréable n’a que faire de l’épreuve douloureuse vers laquelle il se dirige. Inconscience ? Non ! Un besoin vital, pour lequel, il est prêt à tous les sacrifices. En effet, celui qui aime est conscient qu’il s’apprête à connaitre la plus grande souffrance qu’y puisse être ; mais qu’importe, il est prêt à en payer le prix, pourvu qu’il connaisse au moins une fois ce qu’est l’amour. «J'aime bien mieux être malheureuse en vous aimant, que de ne vous avoir jamais vu." [Comte de Guilleragues – Lettres de la religieuse portugaise].
« Dis-moi pourquoi j’existerais ? »
Je pense que comme le mot bonheur, « amour » est tout aussi difficile à définir. Alors ? Qu’est-ce que l’amour ? Si ce n’est pour le commun des mortels: « un sentiment d’affection », ou « d’adoration ». Les rabat-joies diront que l’amour est « une folie temporaire », «un maléfice», une « création du diable »; Les autres qui se croient plus malins bien que plus fainéant diront que celui-ci reste encore « un mystère » ou même qu’il n’existe pas.
L’Amour c’est bien plus fort que tout cela ; aimer c’est vivre ou plutôt exister et je rejoins ainsi Roch Carrier qui disait : « l’amour et la vie sont la même chose. Quand il n’y a pas d’amour, il n’y a pas de vie. » Et c’est à juste titre car l’existence de l’homme ne dépend-elle pas de l’amour de deux êtres ? D’où cette phrase de Gainsbourg : « Mais qui sans amour existe ? ».
Selon moi, on vie par l’amour de ses parents et on existe pour l’amour de l’autre. Aimer c’est exister. On vit pour soi sans savoir pourquoi, alors que l’on existe aux yeux de l’autre par amour. Notre mission sur Terre n’est donc pas simplement de vivre mais d’exister. C'est-à-dire ce sentir reconnu en tant que vivant et cela ne peut se faire que par l’amour de l’autre. Le « secret de la vie » comme le chantait Joe Dassin à la fin de la chanson, c’est donc d’aimer tout simplement.
L’Amour fait souffrir, on connait plusieurs causes à cela : l’absence, la jalousie, la tromperie, la maladie, la rupture, le décès… Elles ont les conséquences tragiques que l’on connait: la tristesse, les pleures, la dépression, la folie voir même dramatiques comme la mort. Cependant, la crainte de ces souffrances peut-elle nous priver du bonheur que l’Amour nous procure ? Les rires, les plaisirs, le mariage, la maternité, la paternité, la famille, la vie…
L’Amour fait souffrir car il est un sacrifice, dont nous sommes tous martyrs. C’est une bataille dont on ne ressort jamais indemne. Puisque l’amour c’est la vie, la mort en est l’issue finale. Mais, n’y-a-t-il pas de la fierté à mourir aimant et être aimé ? N’est-ce pas l’enjeu des amoureux de parvenir à cette fin? « (…) jusqu’à ce que la mort nous sépare… ». Dans ce cas la mort immortalise l’amour pour l’éternité. Aimer et être aimé jusqu’à son dernier soupir, voilà une vie réussie. N’est-il donc pas plus difficile que de voir l’amour s’échapper de son vivant ? Je pense que oui. Rien n’est plus dur que d’aimer sans l’être en retour. Si tu aimes vraiment, tu dois pouvoir accepter un jour de laisser partir celle que tu aimes pour qu’elle puisse aimer à son tour. Et c’est cela qui selon moi est le plus grand des sacrifices. Ainsi, renoncer à l’amour par amour n’est-elle pas la plus belle des déclarations ?
« La seule façon d'être heureux, c'est d'aimer souffrir." [Woody Allen]
Arnaud Michel


